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Lectures (10)

“Il y eu de notables différences de tendances entre les diverses branches de la science, leur puissance d’orgueil augmentant en raison de leur infériorité. La philologie, la logique, la rhétorique qu’on enseigna dans les écoles, eurent un effet si pestilentiel sur leurs adeptes qu’ils finirent par croire que la connaissance des mots était le résumé de tout savoir : certaines grandes sciences, au contraire, telle que l’histoire naturelle, rendent les hommes aimables et modestes en proportion de leur juste conscience de tout ce qu’ils ignoreront toujours. Les sciences naturelles apportent l’humilité au coeur humain; toutefois, elles peuvent aussi devenir nuisibles en se perdant dans les classifications et les catalogues.

Le plus grand danger vient des sciences des mots et de méthodes et ce sont elles, justement, qui absorbèrent l’énergie de l’homme durant la période de la Renaissance. Ils découvrirent, tout à coup, que depuis dix siècles, les hommes avaient vécu ingrammaticalement, et ils firent de la grammaire le but de leur existence. Peu importait ce qui était dit, ce qui était fait, pourvu que ce fût dit suivant les règles de l’école et fait avec système. Une fausseté émise en dialecte cicéronien ne trouvait pas d’adversaire; une vérité énoncée en patois ne trouvait pas d’auditeurs. La science devint une collection de grammaires : grammaire du langage, grammaire de logique, grammaire d’éthique, grammaire de l’art; et la langue, l’esprit et l’imagination de la race humaine crurent avoir trouvé leur plus haute et divine mission dans l’étude de la syntaxe et du syllogisme de la perspective et des cinq ordres de colonnes.

De pareilles études ne pouvaient produire que l’orgueil; leurs adeptes pouvaient en être fiers, mais non les aimer. Seule, l’anatomie, fortement creusée pour la première fois, représenta, à cette époque, une véritable science à à laquelle il manqua pourtant aussi l’attrait qui appelle l’affection. Elle devint, à son tour, une source d’orgueil, car le but principal des artistes de la renaissance fut de prouver, dans leurs œuvres, qu’ils connaissaient à fond les principes anatomiques.

[...]

Raphaël, Léonard et Michel-Ange furent, tous trois, élevés à l’ancienne école; leurs maîtres, presque aussi grands qu’eux, connaissaient la véritable mission de l’art et l’avaient remplie; imbus du vieil et profond esprit religieux, ils le communiquèrent à leurs disciples qui, se désaltérant, en même temps, aux vives sources de savoir qui jaillissaient de toutes parts, excitèrent l’admiration universelle. Dans son émerveillement, le monde crut que leur grandeur venait de leur nouvelle science, au lieu de l’attribuer aux anciens principes qui apportaient la vie. Et, depuis lors, on a essayé de produire des Michel-Ange et des Léonard, par l’enseignement aride des sciences et on s’est étonné qu’il n’en apparût pas, sans se rendre compte que ces nobles patriarches tenaient par leurs racines aux grands rochers des siècles passés, et que notre enseignement scientifique d’aujourd’hui consiste à arroser, avec assiduité, des arbres dont toutes les branches ont été coupées.

Et j’ai été généreux pour la science de la Renaissance en admettant que ces grands maîtres en ont profité, car ma conviction, partagée par beaucoup de ceux qui aiment Raphaël, est qu’il peignit mieux alors qu’il savait moins. Michel-Ange fut souvent entrainé dans une vaine et désagréable démonstration de ses connaissances anatomiques qui cache encore à beaucoup de gens son immense puissance; et Léonard gâcha tellement sa vie dans ses travaux d’ingénieur qu’il reste à peine un tableau portant son nom.”

Les Pierres de Venise / John Ruskin. – Paris : Hermaann (Savoir), 1993, p173-175.

Lecture (9)

Le maitre de maison

Si le monde continue de tourner et de tourner jusqu’à se retourner comme une omelette, moi, je vais commander un maître de maison. Un homme qui me lave la salle de bain par amour. Un homme qui soit capable diriger sa vie, son talent et ses compétences à travers le repassage de mes petites culottes et les mouvements de l’aspirateur. Que cela lui suffise. Qu’il sente avoir réalisé sa vie en regardant bouillir des pommes de terres ou un simple choufleur. Un maître de maison qui s’occupe de toutes les affaires de la maison pour que rien ne vienne me perturber et que je puisse m’épanouir, me développer professionnellement et concentrer toute mon énergie à m’occuper de moi-même. Un maître de maison qui en plus me procure la chaleur d’une vie de famille inestimable. Je dis inestimable parce que ne pense pas estimer la valeur vénale de son travail. Voyons, c’est comme ça depuis la nuit des temps, c’est une tradition, ce n’est pas moi qui irait mêler l’argent à une affaire d’échange aussi intime et exclusivement basé sur les sentiments. Parce que mon homme préparera le petit-déjeuner pendant ma douche, veillera à ce que je ne sois jamais à court de déodorant, il repassera mes chemises, il disputera les gosses, lavera le plancher et fera des plats à mon goût parce qu’il est le maître de mon coeur. Et pour rien au monde je n’offenserai sa sensibilité en le payant d’une quelconque forme matérielle, mon Dieu non, comme s’il s’agissait d’un employé de maison, un serveur, une nounou ou une femme de ménage. Nous, ce n’est pas du tout pareil, nous dormons dans le même lit. Donc, je ne lui parlerai pas de la façon dont il emploi son temps libre, ni de travail rémunéré, ni rien de ce type, il n’y aura aucun arrangement contractuel entre nous, le ciel m’est témoin, et ce parce qu’en autres, toutes ses attentions n’auront pas d’horaire fixe, l’amour véritable, comme les tâches ménagères, dure 24 heures, et seulement 24 parce que le jour n’en contient pas plus. Cela n’a pas de prix. Si je lui donnai de l’argent, c’est comme si je lui donnait la clé indécente de sa liberté. Et mon maître, pourrait penser que je ne l’aime pas assez, et une larme coulerait sur sa barbe. Notre amour sera comme de la super glue, nous deux, cela, nous le saurons bien. Surtout lui, qui ne saura pas quoi faire de sa vie sans moi.

C’est que les grandes responsabilités seront de mon côté. Il vaudra mieux que ce soit moi qui m’occupe du vrai travail, celui qu’on fait en dehors de la maison et qui rapporte nos moyens de subsistance. Et dans l’improbable éventualité que son intellect désentraîné se rende compte de cette différence entre nous, pour ne pas blesser son estime de soi et ne pas compliquer notre vie et notre lit, je lui ferai croire qu’au fond, pour beaucoup de choses, c’est lui le maître. Je lui dirai que c’est le maître de notre maison, sur laquelle son nom à lui est inscrit, parce que les paroles aident à vernir la réaliter. Je le laisserai prendre ses propres décisions pour la température de lavage du linge, pour choisir librement entre le melon et le pêches, au marché, il faut qu’il soit le seul à savoir comment faire frire un oeuf, fermer le sac poubelle ou plier un pantalon. Qu’il s’érige tout haut en maître pour ce qui est de faire revenir les tomates et qu’il crie comme un fou sur les enfants s’ils rentrent avec de la boue plein les chaussures. Et si un soir je rentre très tard, avec un coup en trop dans le nez, et qu’il se met à ma parler sans arrêt en tournant autour de moi comme un dément, Dieu me garde, mais peut-être que ma main s’oubliera et lui donnera une paire de gifles. Il me regardera alors tout penaud. Mais il sèchera avec son tablier la larme qui aura coulé depuis sa barbe et il saura me pardonner. Parce qu’il comprendra que je rentre du travail éreintée pour subvenir à ses besoins alors qu’il a passé l’après-midi à repasser le linge ou à regarder la télévision en passant en se délassant avec l’aspirateur. Et notre douce routine de notre amour infini reprendra de plus belle, et mon maître de maison repassera à nouveau mes petites culottes pendant que je compose une symphonie, que j’écris des livres, que je plante un arbre ou même que j’invente l’électricité.

Chronique “Le ronron” par Clara Sanchis Mira

La Vanguardia, 20 mars 2009, p.19.

Que faire à 300 kilomètres de Paris en 3 jours en hiver? Ce n’est pas un temps pour les ballades dans la nature, il vaut mieux rester en ville pour pouvoir se réchauffer dans un café en cas d’hypothermie! Qu’on ne se mépenne pas sur le titre de ce post. Non, je ne suis pas allé à Bergues (haut lieu Ch’ti depuis le film de D.Boon).

C’est parti donc pour un petit périple qui va me conduire à Arras, Béthune, Lille, Courtrai, Gand (Gent), Bruxelles, Mons et Cambrai.

arras_hotel_de_villeArras a plus d’une place, mais la Grand Place avec son beffroi est tout simplement magnifique! Et aucune des villes que j’ai visité ensuite n’a réussi à en effacer le souvenir. Arras  a aussi une église imposante à laquelle est adossé un musée des Beaux-Arts qui a l’air très grand. Un petit crème avant de continuer la route et là, problème, que je rencontrerai tout au long de mon trajet : il n ‘y a pas un café qui comprenne “un crème” de la même façon. C’est tantôt un expresso avec un petit pichet de lait (et je le verse où le lait?), tantôt un café liégois, bref, au prochain voyage, je fais un dessin avant de commander!dsc00434

Béthune est intéressante aussi, avec sa tour un peut moyen-âgeuse plantée au milieu de la place. Direction Lille, aïe, me voilà parti pour hazebrouck! Petite route pour rejoindre le bon chemin, route que j’appellerai “route des miracles” parce qu’il en faut des miracles, pour ne rencontrer les camions que là où on peut tenir à deux!

Lille la nuit est parsemée d’étudiants qui vont ou reviennent d’une fête, de fumeurs aux portes des cafés, et les murs extérieurs du beau théâtre Sébastopol font office de pissotière improvisée…Etrange toute de même, cette ville dont le beffroi se trouve loin de la Grand Place. Dans la nuit, au loin, on peut voir la lumière du beffroi tout en haut, qui luit tel un phare dans le brouillard.

La Piscine RoubaixUne pause culturelle au musée des Beaux-arts qui recèle quelques perles flamandes et italiennes et une galerie de céramique époustouflante. Puis la piscine – pas pour nager! sportif, moi? – la Piscine à Roubaix, date des années 30 et a été transformée en musée. Elle est très belle, mais l’expo de tissus est bien décevante. Visitez plutôt le MIAT à Gand. Départ, donc, pour Gent, et entrée sur les routes où tout est écrit en Flamand et les panneaux ne sont pas les mêmes. Un peu dépaysant.

Depuis Lille, tout n’est plus très loin : Gand, Brugges, Bruxelles, même Anvers. Mais en trois jours, on ne peut tout faire. C’est donc parti pour Gand (je me répète un peu, non?)! Un détour par Courtrai,

Courtrai Beguinage

dont le béguinage est très joli à voir.

Gand le soir est d’une splendeur qu’aucune photo ne saurait révéler!

Gand Gent

C’est vraiment la ville-reine! Du Graslei au Vriijdagmarkt, du plaisir pur! Et le
lendemain, une autre belle surprise : l’exposition de tapisseries flamandes du 16e siècles commandées par les grands de l’époque. Trente-cinq tapisseries souvent de dimensions colossales, très bien éclairées et

Ganymède

absolument magnifiques! Evitez le DVD, le catalogue est un peu mieux. Qu’il est difficile de rendre cette splendeur!

dsc00481Direction Bruxelles avec un objectif très précis : prendre une bière sur la grand place. Mission réussie! Ce n’était pas difficile. Petit pélerinage aux Sablons chez Pierre Marcolini qui ne fait plus de patisseries : grosse déception! Après ce petit tour rapide dans la coeur historique, comme j’ai l’intention d’être à la maison ce soir, je reprends la route.

Un détour par Mons, dont le beffroi trône en haut d’une colline, puis par Cambrai, dont les tours des églises rivalisent d’importance. Une très jolie ville aussi située sur une colline. Retour dans ma “chère” banlieue, qui a l’air bien morne après toutes ces splendeurs…CambraiMons

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Portrait rapide dans le RER (2)

Ses cheveux ondulés aux pointes dorées reposent sur son manteau noir. Lovée contre la paroi du wagon, elle semble chercher désespérément un repos réparateur. Son visage poupin repose sur la surface froide comme sur un douillet oreiller de plume. Peu à peu, son nez, court et droit, pointe vers le bas, déjà, sa tête s’affaisse. Mais elle se redresse, se relove, yeux toujours fermés, cils un peu froncés : pas question de s’éveiller! Un bébé en plein sommeil! Son sac en bandoulière posé à plat sur ses genoux, ses bras croisés, une main cachée dans sa grosse écharpe de laine grise entourée un peu plus haut autour du cou. Position du cocon, pour se protéger ou pour mieux supporter un mal de gorge ou une migraine? Peut-être, juste, la fatigue du lundi soir. Jolie jeune fille! Que ton sommeille soit hanté de beaux rêves que les secousses et le bruit ne sauraient assombrir!

“Avez-vous, pour votre bonheur, rencontré quelque personne dont la voix harmonieuse imprime à la parole un charme également répandu dans ses manières, qui sait parler et se taire, qui s’occupe de vous avec délicatesse, dont les mots sont heureusement choisis ou dont le langage est pur? Sa raillerie caresse, sa critique ne blesse point; elle ne disserte pas plus qu’elle ne dispute, mais elle se plaît à conduire une discussion,et l’arrête à propos. Son aire est affable et riant, sa politesse n’a rien de forcé, son empressement n’est pas servile; elle réduit le respect à n’être plus qu’une ombre douce; elle ne vous fatigue jamais et vous laisse satisfait d’elle-même et de vous. Sa bonne grâce, vous la retrouverez empreinte dans les choses desquelles elle s ‘environne. Chez elle tout flatte la vue et vous y respirez comme l’air d’une patrie. Cette femme est naturelle. En elle, jamais d’effort, elle n’arffiche rien, ses sentiments sont simplement rendus, parce qu’ils sont vrais…à la fois tendre et gaie, elle oblige avant de consoler. Vous l’aimez tant que, si cet ange fait une faute, vous vous sentez prêt à la justifier.”

Madame Firmiani/Balzac. Cité dans Balzac, le roman de sa vie / Stefan Zweig. – Paris : Albin Michel, 1950 (2006). p.78-79. Texte ici.

Portrait rapide dans le RER (1)

Le rimmel un peu épais qui donne de l’éloquence au regard de cette probable assistante de direction. Une coupe à la “Murder she wrote” (Arabesques en français) : les cheveux teints en blond dorés et disciplinés par une permanente finissant en mèche de perroquet par-dessus son front. Un visage adouci par la cinquantaine, des sourcils très haut placés pour l’autorité ou l’étonnement. Un trait horizontal de lèvres légèrement rougies, des lunettes sans monture au branches dorées. Le côté doré est réhaussé par une touche de brun sur les yeux avec une écharpe assortie, posée sur une veste en peau vert foncé boutonnée jusqu’au col. Le gros livre posé sur son sac sans forme en cuir noir est maintenu par des mains aux ongles rouge sombre et aux bagues nombreuses, mais discrètes. Un mouvement soudain des sourcils au détour d’une phrase lue – qu’est-ce qui a bien pu émouvoir cette femme à la pose si droite? Soudain, elle referme son livre, range ses lunettes : le combiné sur l’oreille, elle prévient son mari qu’elle va bientôt arriver. Ses enfants sont sans doute grands : ce regard d’une femme qui ne craint pas qu’on la regarde est plein de douceur, de gentillesse et d’humanité.

Lectures (7) Réforme de l’éducation

D’abord les principes : puisque l’instruction est libératrice des hommes, qu’elle soit aussi “universelle”, “égale” et “complète” que possible (1).  Qu’elle assure à chacun non pas l’égalité naturelle, qui n’existe pas, mais l’égalité des chances d’accéder à la connaissance : “Nous n’avons pas voulu qu’un seul homme dans l’Empire pût dire désormais : la loi m’assurait une entière égalité de droits, mais on me refuse les moyens de les connaître.” Qu’elle reconnaisse à tous le même droit au savoir (2). Qu’elle ouvre au citoyen, tout au long de sa vie, la possibilité d’aprendre et d’accroître ses connaissances (3). Instruction universelle pour les enfants, égale pour les femmes et les hommes, les pauvres et les riches (4), permanente pour les adultes : telle doit être l’éducation qu’une Nation libre proposera à ses citoyens.

[...]

L’instruction, à tous les niveaux, sera gratuite. La Nation ne doit pas monnayer le savoir. Les enfants pauvres pourront obtenir des bourses qui les mettront à égalité de chances avec les enfatns riches. Le dimanche, instituteurs et professeurs assureront au peuple des campagnes et des villes le complément d’éducation qui maintiendra vivante en chacun la flamme des Lumières. Condorcet entrevoit que le travail industriel, par la division et la répétition de ses tâches, risque de faire naître “une classe d’hommes incapables de s’élever au-dessus des plus frossiers intérêts”. Il faut donc, par une instruction continue, offrir à ces travailleurs “une ressource contre l’éffet infaillible de leurs occupations journalières”.

[...]

L’instruction doit être l’instrument privilégié de la libération de l’esprit humain. Or le risque est toujours grand qu’elle devienne au contraire le moyen privilégié, pour un pouvoir, d’asservir la pensée. Dès lors, il ne saurait y avoir d’éducation publique que libre, protégée contre tout dogmatisme, et ouverte à la raison critique. L’Instruction publique ne sera donc asservie à aucune doctrine politique (5) : c’est le principe de neutralité de l’école. Elle ne sera assujettie à aucune autorité religieuse (6) : c’est le principe de la laïcité de l’école. Elle ne sera soumise à aucun dogme intellectuel (7) ni pédagogique : c’est le principe d’objectivité de l’école. “L’indépendance de l’instruction fait en quelque sorte partie de droits de l’espèce humaine”, écrit Condorcet qui ajoute superbement : “Puisque la vérité seule est utile, puisque toute erreur est un mal, de quel droit un pouvoir, quel qu’il fût, oserait-il déterminer où est la vérité, où se troue l’erreur?” Seul le mouvement de la raison, seule la difficile recherche de la vérité ouvrent à la pensée la voie d’avancées infinies.

[...]

“Ni la Consitution française ni même la Déclaration des Droits de l’homme ne seront présentées à aucune classe de citoyens comme des tables descendues du ciel, qu’il faut adorer et croire…Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités; le genre humain n’en resterait pas moins esclave”.

(1) “Nous avons pensé que notre premier soin devait être de rendre d’un côté l’instruction aussi égale, aussi universelle, de l’autre aussi complète que les circonstances pouvaient le permettre”. Rapport, p.451

(2) Condorcet prône non seulement l’égalité des filles et des garçons devant l’éducation, mais même la mixité des écoles primaires. Rapport, p.515

(3) “Nous avons observé que l’instruction ne devait pas abandonner les individus au sortir de l’école, qu’elle devait embrasser tous les âges, qu’il n’y en avait aucun où il ne fût possible et utile d’apprendre. Rapport, p.452.

(4) “Nous avons cru que la puissance publique devait dire aux citoyens pauvres…: si la nature vous a donné des talents, vous pouvez les développer, ils ne seront perdus ni pour vous ni pour la patrie…”, Rapport, p.453.

(5) “La première condition de toute instruction étant de n’enseigner que des vérités, les établissements que la puissance publique y consacre doivent être aussi indépendants que possible de cette autorité politique”. Rapport, p.451

(6) “Il est rigoureusement nécessaire de séparer de la morale les principes de toute religion particulière et de n’admettre dans l’instruction publique l’enseignement d’aucun culte religieux…”, Rapport, p.483

(7) “Il faut oser tout examiner, tout discuter, tout enseigner même.” 5e mémoire, Rapport, p.415

Condorcet (1743-1794), Un intellectuel en politique / E.Badinter, R.Badinter. Paris : LGF, Livre de poche, 1990. p.446-450.

Voir aussi :

Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique : présentés à l’Assemblée nationale, les 20 et 21 avril 1792 par M. Condorcet :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k488703.chemindefer

La version texte de ce rapport : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k87996n

Avis aux professeurs de français!

Conversation perçue ce matin dans les transports : Un jeune lycéen raconte le dernier épisode d’une série télévisée à un autre qui n’a pas pu le voir. Les expressions de surprise fusent, une véritable passion anime les deux jeunes. Et chacun de raconter l’historique de tel ou tel personnage : et celui-là qui a eu un enfant, puis est devenu gay, finalement il ne l’était pas, ensuite il s’est drogué, maintenant il est amoureux de sa soeur, mais il ne sait pas que c’est sa soeur, quoi? Il l’a embrassée? Dingue! Je comprends que ces lycéens et leurs camarades  regardent à tour de rôle afin de pouvoir raconter à ceux qui n’ont pas pu être devant leur téléviseur. Fin de la conversation: “je ne vois pas ce que je vais faire en classe, je n’ai pas fait ma dissertation, donc je n’ai rien à rendre”!

Chers professeurs de français, vous désespérez de faire plancher vos élèves sur des sujets académiques? Changez de méthode : faites-leur résumer l’épisode de la série de la veille, écrire la biographie mouvementée d’un de ses personnages, adopter différents genres : le roman, la nouvelle, le magazine télé, le scénario. Pimentez les contraintes : 2 lignes dans le style du Monde Télévision, une double page d’un magazine télé, etc.

Voici un petit lien pour vous mettre à la page : http://www.serietele.com/. Mais vous avez peut-être une série préférée?

Moscou 1992-2008

Que devient Moscou? Certes, ce choix de photos n’est pas des plus représentatifs, mais ce jeu des 7 différences entre 1992 et 2008 ne se veut pas une démonstration scientifique!

Place Pouchkine, côté rue Tverskaya. Ici, peu de changement sauf un pendule qui disparaît, un disque rond qui apparaît et une publicité pour une boisson américaine qui disparaît!

Direction Detsky Mir (magasin pour enfants) et au fond, le bâtiment du KGB (aujourd’hui le FSB), qui a fait trembler si longtemps. Vu d’ici, quasiment rien n’a bougé. On remarquera, outre le Suchi-bar (il y en a des centaines aujourd’hui), le style vestimentaire et le nombre et le type de voitures, bien différents il y a 16 ans.

Non loin de là, le musée d’Histoire de la Russie (l’édifice rouge au centre ci-dessous), qui appelle les mêmes commentaires sur les voitures, qui n’ont d’ailleurs plus accès à la partie devant le musée. C’est maintenant piétonnier et abrite un immense centre commercial luxueux sur trois niveaux en souterrain . Le bâtiment qui pointe à gauche est l’hôtel Moscou qui, entre les deux photos, a été complètement détruit et reconstruit à l’identique (!). La reconstruction n’est d’ailleurs pas terminée, d’où les échaudages masqués. A gauche du musée, on n’aperçoit plus, au fond de la place Rouge, l’église Saint-Basile et ses bulbes caractéristiques, mais des Portes qui ont été reconstruites, et qui n’y étaient plus depuis des décennies. Même sans les Portes, on ne verrait pas non plus aujourd’hui, comme sur la photo ancienne, poindre tout au fond derrière l’église St-Basile, l’hotel Rossia, qui est en cours de démolition (définitive, celle-là!). Mais devant le musée, la statue du maréchal Joukov (héros de la Seconde Guerre Mondiale) est apparue.

Et voici un changement on ne peut plus étrange. Cette porte, située non loin de la place Rouge, était rouge, elle est devenue jaune, soit. L’entrée de gauche, qui était près du porche, est maintenant sous la troisième arcade en partant de la gauche. Pourquoi pas. Mais voilà qu’elle est maintenant flanquée d’une fausse ruine de muraille qui fait pendant à la vraie qui se trouvait déjà à droite il y a 16 ans! Et ainsi, la modernité crée (ou invente?) l’histoire…

Pas d’épilogue ni de morale, juste une petite démonstration pour dire qu’une ville qui vit change, des choses apparaissent et disparaissent, des vérités historiques se créent ou se recréent. Faut-il s’en lamenter?

Souvenons-nous qu’à Paris il y a un peu plus de cent cinquante ans, il n’y avait pas de bâtiments haussmaniens, pas de Tour Eiffel, Chaillot et Montmartre étaient des villages de campagne…

Mama mia!

Trop c’est trop : trop d’années à regarder des séries américaines et des navets de plus en plus niais. C’est fini! Maintenant, c’est sans moi, la coupe est pleine. Assez de voir  des acteurs au visage continuellement déformé par des mimiques excessives, d’entendre ces cris hystériques de copines de faculté, de s’attendrir devant ces sourires compatissants. Assez de me voir imposer, film après film, série après série, un quotidien et des références qui me sont étrangères. Soupé de ces musiques plaquées sur des images dégoulinantes de bons sentiments. Et tout ce bruit, pour quoi? Une impressionnante vacuité, un défilé de mannequins au goût insipide de papier glacé. Quelle a été la goutte de trop? Quels sont les exemples de ce “too much”? Tant pis pour eux, les deux derniers films visionnés vont payer pour leurs semblables. M.&Mrs Smith. Un Brad Pitt et une Angelina Jolie affichant un flegme anglo-saxon qui leur va à merveille se battent et se débattent dans un scénario sans imagination et sans saveur, aux péripéties poussives et sans humour (plus exactement, avec un humour décalé usé jusqu’à la corde depuis les années 50), dans une débauche devenue banale de technologie et d’effets spéciaux. Ce flegme leur permet de ne pas jouer et on se demande s’ils ont jamais été acteurs, et d’ailleurs, si l’on pense aux rôles de M.Pitt, à part trainer son image de bogosse d’un film à l’autre, qu’a-t-il fait? Qui penserait à le comparer à un Clarck Gable ou à un James Steward? Sans doute accordera-t-on à Mme Jolie le talent d’utiliser son succès et sa descendance en aidant les grands de ce monde  à s’acheter une conscience. L’autre film, une mise à l’écran d’une comédie musicale basée sur les chansons du groupe ABBA, est un condensé d’américanisme affligeant. Point de flegme, les mimiques et les cris hystériques sont au rendez-vous, et sur deux générations, youpee! Mimiques d’ailleurs impossibles pour une Meryl Streep, actrice exceptionnelle à ses débuts  (Sophie’s Choice), qui, telle une poupée de cire au visage ultra-lifté, gigotte désespérement pour montrer que derrière le masque, l’actrice est toujours là. Compterait-elle parmi les victimes de ce chirurgien esthétique fantasque en cavale en Espagne dont on a entendu parler dernièrement? Au lieu d’espérer me divertir, je me retrouve au bout d’une heure trente avec l’impression qu’on m’a pris pour un abruti sans même un morceau de cerveau disponible. Tout ça sans même parler des leçons de morale et de philosophie à deux balles. Donc, c’est terminé : je ne regarderai plus de navet américain, plus de comédie débiles, j’ai eu ma dose et même mon overdose. Qu’on ne vienne pas me dire que je suis un anti-américain primaire, j’aime beaucoup et je respecte la culture américaine, la vraie, pas ça.

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