L’argent
Je n’ai jamais mis d’argent réel dans SL, c’était mon principe de base. J’ai gagné mon corps et mes habits virtuels en « campant » (s’assoir longtemps à un endroit prévu pour) et en jouant à la loterie dans les discothèques. J’ai bien eu l’idée de me prostituer, mais devant le peu de clients, j’ai renoncé. J’ai tout acheté bon marché, on m’a aussi fait des cadeaux. En tout, avec 1000 Linden dollars (L$), j’avais l’air bien. J’ai aussi été tenté de vendre des objets virtuels de ma création ou des vêtements, mais il fallait passer trop de temps à bidouiller. Je n’ai donc rien dépensé dans SL, mais rien n’est jamais gratuit, j’ai payé autrement, et j’ai fait payer les autres.
Le Sexe
Le plus amusant, dans SL, c’est de pouvoir animer son avatar : voler, s’assoir, danser, laver le plancher ou les carreaux, s’enlacer, s’embrasser et baiser dans toutes les positions possibles et impossibles. Je suis vite passé au sexe : je trouvais ça très drôle au début, de voir mon personnage en pleine action et moi, tapant sur mon clavier tout les mots et le vocabulaire qui pouvaient rappeler les dialogues d’un film porno (finalement, il y en a plus qu’on ne croit, des mots à dire). J’ai fini par devenir l’amant de plusieurs avatars et je me voyais ainsi donner – et recevoir – du plaisir avec la liberté du papillon.
Le temps
Je ne voyais pas le temps passer: je décidais de me connecter pour une heure, juste pour discuter, et trois heures après, j’y étais toujours ! Lorsque je me forçais à passer moins de temps, je me voyais involontairement exclu de ceux qui y passaient plus de temps, ne partageant que des bribes avec eux. J’ai commencé à passer plus de temps avec les avatars que j’appréciais le plus.
Les autres
Les relations sur SL s’apparentent à toute relation humaine, qu’elle soit virtuelle ou réelle. On en vient donc rapidement à se dire d’où l’on vient, ce qu’on exerce comme métier, etc. L’anonymat y est sans doute pour quelque chose. J’étais entré dans SL par curiosité et j’y restais pour le plaisir du jeu, pour les animations, pour certains paysages étonnants, pour rencontrer des gens que je n’aurais sans doute jamais rencontré dans la vie réelle. Mais en tout anonymat. Je n’ai pas compris tout de suite qu’en ayant des relations de plus en plus suivies avec d’autres avatars, je me liais progressivement d’amitié avec les personnes qui étaient comme moi derrière le clavier. Cette intrusion du réel s’est imposée brutalement lorsque la possibilité de se parler de vive voix est apparue.
La (dure) réalité
RL (monde réel) devenait un monde moins beau, moins intéressant, moins agréable. J’en suis venu à voir, dans l’habillement ou le style de certaines personnes croisées dans la rue, le style de certains avatars de SL alors qu’il s’agit du contraire, du moins, je crois. Les amis SL que je me faisais, je n’ai jamais eu l’intention de les rencontrer en vrai. Alors quand j’ai compris – si tard ! – que leur attachement dépassait les frontières de mon avatar et aussi de l’amitié, je ne me suis plus senti vraiment à l’aise. Je ne souhaitais pas retirer mon masque, mais ma fameuse “liberté du papillon”avait du plomb dans l’aile, ayant singulièrement réduit le nombre de mes relations dans SL. J’ai donc décidé de couper court, sachant que je ferais du mal – bien réel – à ceux que je quittais et que j’appréciais. J’écris cela pour eux, pour qu’ils comprennent et, peut-être, me pardonnent mon intrusion dans leur vie réelle.
* Second Life est une plateforme internet d’animation 3D où l’on crée un avatar que l’on modèle et qu’on habille comme on veut, selon l’argent dont on dispose.