“Vous souvenez-vous votre petit dessin d’après The Island, dans le Byron relié en maroquin vert? Le voici, dans le tiroir supérieur de ce bureau. Ici sont tous les dessins que vous fîtes pour moi – en noir et en couleurs – avec les dates, les explications, etc., entièrement écrites par moi – l’album de la fée Tarapatapoum. Ce sont seulement des copies. Je possède les originaux dans ma maison du Hampshire.
Le secrétaire est aussi une copie – n’est-il pas beau ? – il vient du Palais d’Hiver du tsar. Tout est ici une copie, plus ou moins. Regardez cette petite salle à manger ; avez-vous jamais vu quelque chose d’aussi parfait? – c’est la fameuse salle à manger de la princesse de Chevagné [...]
Vous voyez, la table est mise : deux couverts. Il y a une bouteille de champagne de la cave de M. de Rotchschild, où il y en a encore beaucoup. Les fleurs viennent de Chatsworth, et il y a une salade de homard pour vous. C’était la spécialité de papa et il m’a appris à la faire. J’ai fait celle-ci il y a quinze jours et, vous voyez, elle est aussi fraiche et aussi onctueuse que si je venais juste de la faire, et les fleurs ne sont pas fanées le moins du monde.
Le mobilier n’est-il pas beau et rare? J’ai volé ce qu’il y a de mieux dans tous les palais d’Europe, et pourtant leurs possesseurs ne sont pas d’un penny moins riches. Vous verrez au premier étage.
[...]
Regardez ces tableaux – les chefs-d’œuvre de Raphaël, de Titien, de Vélasquez. Regardez ce piano – j’ai entendu maintes fois, à Leipzig, Liszt jouer dessus.
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Regardez la robe que j’ai mise – touchez-la : comme chaque détail est soigné! Et vous avez inconsciemment fait de même : c’est le complet que vous portiez chez les Cray certain matin sous le frêne – le plus joli complet que j’aie jamais vu. Voici une tache d’encre sur votre manche, aussi réelle que possible (bravo!). Et ce bouton va s’en aller – très bien; je vais le recoudre, avec une aiguille de rêve, un fil de rêve, un dé de rêve.”
Peter Ibbetson, avec une introduction par sa cousine Lady X (“Madge Plunket”) / George du Maurier, trad. Raymond Queneau. Paris : Gallimard (“L’imaginaire”), 1946,1973. pages 241-242.
Cet extrait du livre publié en 1891 par le père de la célèbre Daphné (Rebecca) pourrait être presque entièrement transposé à des réalités virtuelles telles que Sim ou Second Life.