Les États-Unis sont un grand pays. Multiculturel, multiethnique, avec un système d’éducation uniforme mais faible, où le divertissement tient une place prépondérante. Pas étonnant que les séries télés y soient si nombreuses, notamment les “soap opera”, d’une durée d’une demi-heure. Sérieux ou comiques, ils ont tous un point commun : ils éduquent.
Au travers d’une histoire qui peut être le support d’une leçon de morale (Cosby show dans les années 80, Friends dans les années 90, Sex and the City dans les années 2000) ou le fil conducteur de toute la série (General Hospital ou les Feux de l’amour de tous temps), sont abordés les relations humaines sous toutes leurs formes : l’amitié, l’amour, la fidélité, la confiance, la tolérance, le racisme, la violence, la trahison, le viol, l’inceste, l’escroquerie, la sexualité, la mort.
Beaucoup de sujets dont certains sont tabous et dont on n’ose pas toujours parler en public. Le spectateur se dit : “tiens, oui, j’ai déjà vu ce genre de situation, mais je ne sais pas trop quoi en penser ou comment réagir”. Et il est généralement soulagé de voir qu’il n’est pas le seul : les personnages des séries ne savent pas toujours réagir bien. Il est aussi heureux de trouver une solution car, dans ces séries, finalement, on trouve toujours une issue ou un exemple de comportement idéal.
Une série française comme “Plus belle la vie”, qui dépasse tous les records d’audience, est un exemple du genre. Son succès tient peut-être à ce que les solutions proposées sont purement françaises et correspondent mieux aux réalités du téléspectateur.
Mais quelles sont les valeurs que défendent ces séries? Il serait intéressant de s’en informer.
Aux États-Unis, les scénaristes tiennent compte en permanence de la réaction des communautés, ethniques ou professionnelles, avant d’écrire, mais aussi après la diffusion des épisodes. De cette façon, ils peuvent influencer le dénouement d’une situation critique dans le sens le plus consensuel ou “politiquement correct”.
Ce rôle de “véhicule” d’éducation des masses qu’ont les séries, mais aussi les films, n’échappe pas à certains lobbys. On sait, par exemple, que l’armée américaine finance des films de guerre ou d’action avec un cahier des charges très précis visant à mettre en valeur tout ce qu’on attend du bon soldat.
En France, j’ignore si la Police nationale intervient sur le scénario des séries policières qui s’attachent à améliorer l’image de la police, qui en a bien besoin. D’autres téléfilms peuvent sensibiliser au sort des sans-papiers.Mais, y-a-t-il des lobbys derrière cela? Lesquels?
Pourtant, il les choix “moraux” des scénaristes ne sont pas toujours anodins. Un exemple qui concerne les films et les séries américaines. Dans l’absolue majorité des cas, le méchant ou le représentant du mal, meurt ou est détruit. Il n’y a donc pas de rédemption, pas de dialogue possible, pas de pardon. Il n’y a pas de repenti (ou si peu) ni de converti au bien. Est-ce que cela ne donne pas matière à réflexion? Est-ce qu’il faut s’étonner, ensuite, que personne ne trouve à redire, lorsque les autorités de ce pays annoncent qu’ils ont pour objectif la mort de leur ennemi public numéro 1 et non pas son passage en jugement ou son emprisonnement à vie? Quel chemin humain a-t-on parcouru depuis ces annonces de Far West où l’on rétribuait la capture d’un criminel “dead or alive”?
Cet exemple montre qu’il ne serait peut-être pas inutile de discuter – mais pas contrôler – autour des leçons que véhiculent ces séries et surtout de les regarder en ayant en tête qu’elles ne reflètent que l’opinion des scénaristes et producteurs et que la force des images peut faire penser que cette opinion est une évidence. A tord parfois.