Pavel Mouratov, historien d’art du début du XXe siècle, élabora une théorie de l’évolution de l’art en Europe en trois périodes : la période classique qui mettait l’homme au coeur de ses représentations jusqu’avant la révolution française, une période européenne, marquée par la recherche d’une tonalité, d’une couleur et une période post-européenne, depuis l’entre-deux guerres, ouvertes aux expérimentations (plus de détails : un article de Danièle BEAUNE-GRAY). L’auteure note :
“l’artiste participait à la vie du peuple, lui était indispensable. Il n’existait pas de frontière nette entre l’artisan et l’artiste, entre le ferronnier, le menuisier et le peintre. Mais ce lien se perd au cours de la période européenne. Au XXe siècle, l’artiste est devenu un professionnel isolé, coupé des autres classes de la société.”
Citons encore :
“Mais ce pseudo-art déshumanisé, en accord avec la post-Europe mécanique,
électrique et machiniste, n’a plus rien de commun avec l’art,
car il fait fi de l’homme et de son aspiration à la transcendance ; il ne
communique plus avec la vie populaire, il construit des quartiers entiers
sans architecture dans les faubourgs de Berlin, Paris et Rome. Ce
ne sont que des projets d’ingénieurs, gages d’émeutes et de destruction
pour l’avenir.”
Quelle prémonition!
Faut-il en conclure que l’aménagement du territoire manque d’artistes? En tout cas, il y a peut-être des critères urbanistiques qui échappent au nombre de logements et des voies de communications qui président aux projets d’aujourd’hui.