1er jour
J’arrive dans l’après-midi à Azay-le-Rideau, où le château, tel un écrin, est posé sur un miroir d’eau. Je plante ma tente à côté et pars faire une petite promenade dans Azay pour répérer les lieux. J’irai peut-être voir le Sons et Lumières. Au bord de l’Indre, je retrouve une buvette – rendez-vous des amoureux de la pêche – où on avait pris un thé l’an dernier, j’y retournerai sans doute. Azay s’étend le long du fleuve sur une assez grande distance. Après avoir découvert un vieux cinéma art déco, je rebrousse chemin, renonce au Son et Lumières (j’aurais quand même droit, volens non volens, au Son…).
2e jour
Départ pour Saché. L’Office de tourisme m’ayant procuré des cartes pour une somme modique, je me mets en route à travers champs pour me rendre au château des Margonne, chez qui Balzac a fait plusieurs séjours et où il aurait écrit une grande partie de son roman « Le Lys dans la Vallée ».
Je quitte rapidement la route pour monter par un chemin, et découvre quelques anciennes maisons troglodytes qui servent aujourd’hui d’entrepôt. En haut de la colline, j’entre dans une forêt qui s’étend jusqu’à Saint-Benoît, mais ce n’est pas ma route, je longe l’orée de ce bois et me trouve entre deux longues rangées de bois coupés posés sur une hauteur de trois mètres !
Très beau passage qui s’ouvre ensuite sur une belle vallée. Je suis mon chemin qui sépare les champs sur la crête de la colline. La récolte de blé a eut lieu. Au loin, sur la colline d’en face, un corps de ferme. Soudain, au bord du chemin, une loge de vigne, petite maison destinée à abriter les paysans pendant leur pause. Elle est ouverte et un peu délabrée. Mon chemin descend et remonte les collines, découvrant devant moi de nouveaux champs à arpenter, de nouveaux paysages avec un ciel immense. Ce jour-là, je dirai bonjour aux premières vaches et chevaux, les tournesols, dont les champs s’étendent à perte de vue, m’accompagneront souvent. Un arbre isolé me tiendra compagnie pour le casse-croûte. J’apprécie le silence : pas de voitures, juste le bruit de la campagne : frelons, oiseaux, vent dans les branches des arbres, rien d’autre ne vient troubler la tranquille nature cet après-midi, si ce n’est le bruit de mes pas.
Les cartes de l’Office étant partielles, je me perds un peu mais au moment où je m’y attendais le moins, je me retrouve à Saché. Un petit pique-nique avant de visiter le « château » qui est un grand manoir. Dans le jardin, je découvre une chenille aux couleurs incroyables, vert et orange vifs comme certains objets en plastique. Mais cette chenille est bien vivante et se repose sur de l’aneth. Un rosier somptueux me sert de cadre pour prendre en photo le lieu.
Me voici plongé dans les années 1830, en plein romantisme, avec cette visite. Balzac,
d’ailleurs, marchait aussi beaucoup, puisqu’il lui arrivait de faire les 24 kilomètres depuis Tours à pied. Le décor du Lys se trouve être en fait entre Saché et Pont de Ruan, à trois kilomètres. Je n’arriverai jamais à Pont de Ruan, mais ce n’est pas grave.
Le retour est plus pénible : croyant être arrivé par l’Ouest, je pense repartir vers le Nord car je veux traverser l’Indre et peut-être pousser vers l’un des châteaux qui a inspiré Balzac. Or, je suis arrivé par le Sud et me retrouve donc parti vers l’Ouest ! Etonné de ne pas trouver l’Indre, je perds beaucoup de temps à…me perdre, ce qui me fatigue. Je comprends enfin où je suis et décide de reprendre à travers champs, la départementale étant bruyante et désagréable. Las ! Je me perds à nouveau et retrouve la départementale. Je comprends que je n’aurai pas assez d’énergie à chercher un autre chemin, je rentre donc tout droit jusqu’à Azay.
Le soir, je décide de voir le Sons et Lumières, afin au moins de connaître ce qui m’empêche de dormir. Rien de bien exceptionnel, et une petite pluie fine n’arrange pas l’affaire, mais un joli parcours à faire quand même et l’éclairage fait ressortir la finesse des fenêtres
.
3e jour
La journée commence très bien : d’abord, je décide de m’offrir un bon petit déjeuner dans un salon de thé chocolaterie et je ne le regrette pas, pour une somme modique. Ensuite, je me muni d’une vrai carte IGN et décide d’aller voir ces châteaux en face de Saché que je n’avais pu voir la veille.
Je prends mes chemins de campagne, mais cette fois, sur la rive droite de l’Indre. Il y a plus de forêt, un peu moins de tournesols et beaucoup de vergers et quelques vignes. La route est très agréable et offre une vue fantastique sur la vallée de l’Indre. A mi-chemin je trouve un bosquet de pins, chose rare par ici où il y a essentiellement des feuillus. Nous sommes à côté des Goupillères, un village moyen-âgeux troglodyte reconstitué. La visite est passionnante.
A nouveau la nature, son calme et son silence. Le chemin qui suit m’amène en haut d’un immense champ de tournesols qui surplombe l’Indre qu’on devine derrière les maisons. Je descend puis je continue à travers un bois tellement touffu qu’on ne sait pas s’il y a des nuages ou s’il fait grand soleil, au-dessus. Au sortir du bois, on découvre le château, une batisse cossue et élégante sans doute habitée par un notable.
En redescendant vers Saché, je traverse l’Indre et elle a une couleur si belle, l’eau est si transparente que je ne résiste pas à l’envie d’y piquer une tête clandestinement. L’eau n’est pas plus froide que la douche du camping, un vrai bonheur. Comme je ne sais pas si la baignade est autorisée ou non, je repars vite vers Saché où je fais une courte pause avant de reprendre, cette fois sans me perdre, le chemin vers Azay.
Le plaisir est toujours aussi intense, de marcher sur ces chemins bordés de champs et de pâturages. Mais le paroxysme est atteind lorsque, ayant gravi une colline, j’aperçois, au fond d’un champs, près d’un bosquet, deux biches, ou deux faons, qui ne m’ont pas flairé à cause du vent. J’ai donc tout le temps d’admirer leurs silhouettes avant qu’elles ne s’enfuient finalement. Je retrouve avec plaisir ensuite le bout de chemin traversé la veille dans l’autres sens avec la loge de vigne. Je m’arrête au bar du bord de l’Indre avant de regagner mes pénattes, content de ma journée.
4e jour
Après maintes hésitations, étant totalement libre de mon emploi du temps, je décide de lever le camp et de me poser du côté de chenonceau. Cela me fera une pause salutaire, car mes chaussures de randonnées ont endolori ma cheville gauche au point que je ne saurais les remettre aujourd’hui.
Cette journée sera médiévale ou ne sera pas, et vive Walter Scott, premier inspirateur du jeune Balzac alias lord R’Hoone : Langeais, son ancien donjon, son château « faux Moyen-Age » meublé avec soin par un passionné, une petite pause à Pont-de-Ruan, une sieste à Monts, une visite du Donjon de Montbazon. Etrangement, toutes les visites guidées que je fais se recoupent autour de Foulcques Nerra, Anne de Bretagne et ses maris. Une belle harmonie.
Je remonte vers le Cher en prenant les routes à travers champs, mais ça m’a l’air moins joli par ici. Je m’arrête peu avant Chenonceau, à Bléré et une fois la tente installée, le soleil se couchant, je décide d’aller jusqu’à Chenonceau à pied le long du Cher. Quelle lumière m’offrent le soleil et ce fleuve ! Ici aussi, on se baignerait avec plaisir. Le chemin est un peu monotone et je suis parti tard. Je passe un pont, une écluse, puis le fleuve soudain se rétrécit et forme une courbe au détour de laquelle, alors qu’on vient d’entrer dans une forêt dense, on découvre ce château posé presque à même le fleuve. Tout est
délicat, fin, dans les traits de cette demeure. Devine-t-on la fenêtre de la chambre d’Anne de Bretagne, tout en haut ? Le Château est maintenant éclairé pour le Sons et Lumières. De l’autre côté, le fameux cabinet de Catherine de Médicis.
Plein de rêves, je rebrousse chemin dans un obscurité quasi complète. Seul le fleuve retient les dernières lueurs du jour et me sert de guide tel un fil d’argent sur ma droite. Puis je sors du bois et je guette la lune, haut sur ma gauche. Elle est voilée, mais on y voit assez, le sol étant assez clair. Je passe un bosquet obscur et soudain, une forte lumière illumine ma route. Je pense à un réverbère planté au loin, sur la route parallèle qu’empruntent les voitures et je me retourne. Non, c’était la lune, bienveillante, qui semblait vouloir me guider. Le fleuve, lui devenait noir derrière la rive.
Je me suis arrêté à un endroit que j’avais repéré pour une éventuelle baignade nocturne : un arbre imposant plongeait plusieurs rangées de racines parallèles au fleuve, formant comme un escalier vers l’eau. Je m’assit sur l’une d’elle. Il faisait trop sombre pour se baigner. Cette étendue noire était inquiétante et si, en goûtant l’eau de ma main, une main sortie du tréfonds m’aggripait ? Je me faisais peur. Je regardais l’arbre. Immense, majestueux. Etait-il là pour imposer de son énorme masse ou pour rassurer ? Combien de temps resterait-il ainsi accroché à cette rive ? Peu importait, il était là, simplement. Cette pensée me traversait l’esprit quand la lune reprit soudain de son éclat. Elle semblait m’appeler à reprendre mon chemin. Et c’est plein de ces impressions et émotions que je me couchais, heureux.
5e jour
Ayant accompli mon périple à Chenonceau, je n’avais pas de but de promenades à faire qui justifiait que je reste une nuit de plus et je n’avais pas non plus de carte correcte pour cette zone. Je décidais donc de terminer là et de rentrer en faisant un saut par Chaumont-sur-Loire, m’asseoir sur la souche de cèdre et rêver au temps des chevaliers.
Mais j’ai été victime d’une prise d’otage culturelle : racheté par le conseil régional l’an dernier, le site est devenu payant, un certain Alexandre Chémétoff s’est payé (ou fait payer) le luxe de déplacer du sable de la Loire pour l’y remettre ensuite promet-il, disent les écriteaux, et surtout, il égalise Ma souche de cèdre et en coupe de gros morceaux qu’il dispose à droite et à gauche sur l’herbe ! Et je suis sensé applaudir à cette oeuvre d’art ! Il a pris en otage une souche qui ne révélait ses secrets qu’à ceux qui s’en approchaient pour s’y assoir. Imperceptiblement d’abord, le promeneur sentait dans l’air un odeur particulière, agréable, et se rendait compte ensuite qu’il était assis sur la souche d’un cèdre (deux fois centenaire) dont l’essence continuait de dégager une odeur merveilleuse. Mais voilà qu’un artiste sans doute plein de relations (à défaut de talent ?) la taille en morceaux, la badigeonne de couleur orange et déclare, « c’est une oeuvre d’art » !
Une fin très romantique en somme, où l’on fait le deuil d’une époque bien révolue ! Me voici plongé dans la nostalgie la plus profonde de ce temps où l’on pouvait approcher, le soir, du château sans avoir à payer, pour en faire le tour clandestinement, toucher la souche sacrée, rêver et être en intimité avec l’âme de ce lieu magique. Finalement, l’art moderne m’a permis de rester en harmonie avec le romantisme de ces jours derniers avant de regagner la capitale.
Merci à mon sony ericsson w810i pour ses belles photos et à moi-même le photographe!

