La définition de l’Exote est donnée par Victor Segalen. Cette page vise à donner une idée synthétique de l’exotisme, décrit dans des notes prises par Victor Segalen sur le sujet en vue d’écrire un livre et publiées par Fata Morgana en 1978 et 1986.
L’exotisme, ou la sensation du divers ne touche pas uniquement des pays lointains, mais toute chose différente de soi. Cette sensation est une action de la pensée, ce que Ségalen appelle aussi le “mécanisme hindou” ou “bovarysme“, inspiré de Jules de Gaultier et Maurice de Guérin. Il s’agit d’une action volontaire qui vise à tenter de se faire assimiler à ce qui est étranger pour arriver à ce point où notre individualité, avec sa culture, son caractère, son identité propre, oppose une résistance à l’assimilation totale. C’est à ce moment que l’on ressent la différence fondamentale avec l’objet de notre action et que l’on peut le mieux apprécier cet objet, qui ressort dans ce qu’il a de plus différent de nous.
En d’autres termes, il faut dans un premier temps exercer une “libération de l’esprit”, “sortir de soi-même”, se libérer de tout préjugé, et dans un deuxième temps exercer une action de l’esprit sur une chose, “s’imbiber” d’une culture par exemple, pour arriver au moment où les deux cultures (la sienne et celle qu’on étudie) se heurtent, où nous nous étions placés du point de vue de la nouvelle (ce qu’il fait dans les Immémoriaux) et que nous nous heurtons à l’ancienne. On se retrouve alors face à soi-même , Ségalen écrit “L’être conscient (par le mécanisme hindou), se retrouve face à face avec lui-même”. On sent alors la différence, l’exotisme de cette culture ou de cette chose.
Cela implique que tout être, toute chose ne peut jamais complètement être assimilée à une autre. Il y a une irréductibilité des êtres que l’on ressent aussi dans l’amour, où la fusion totale est impossible, qu’elle soit physique ou intellectuelle. On ne peut assimiler ou mélanger des cultures que jusqu’à un certain point, il restera toujours un noyau de chacune des cultures qui subsistera, d’où la nécessité de reconnaître, et d’apprécier, la diversité des cultures.
Partant du principe que toute chose contient une part d’irréductibilité, le fait que la diversité soit en toute chose est un gage d’harmonie du monde (“l’unité ne se présente que dans la diversité). Ségalen s’alarme plusieurs fois d’une tendance à l’entropie du monde, où tout se mélangerait et où le divers deviendrait indistinct. Une sorte de mondialisation qui réduirait les différences au point de ne forme qu’une “grande masse molle”.
Qui peut être exote? Une personne douée d’une individualité forte, qui est consciente que son opinion sur le monde est subjective et qui ressent l’autre ou ce qui est autre comme différent de soi. Un exote a tout le temps la faculté de sentir le divers. Surtout, l’exote est heureux de ressentir cette différence, un peu comme la joie des découvertes d’un jeune enfant. Sa personnalité se trouve enrichie par cette expérience, laquelle peut se répéter à l’infini, car par cette action, notre subjectivité change et divient différente de ce qu’elle était, ce qui fait un exotisme de plus à ressentir (le mécanisme, se renverse, selon lui).
A l’époque de Ségalen, les œuvres “coloniales” suivent un courant qui s’est développé au 19e siècle, où l’exotisme évoque un monde de plaisirs, de joies et de vertiges interdits. La vision de Ségalen contraste avec cette approche de l’exotisme et ils fustige la condescendance des auteurs de récits “exotiques”, qui alimentent le goût pour le commerce et le tourisme moutonnier. Selon lui, des écrivains comme Loti, Farrère ou les frères Rosny sont rien moins que des “proxénètes de la sensation du divers”, au contraire d’Anatole France, Maurice de Guérin ou Kipling (étrangement, Wikipédia cite Farrère comme ayant été ami de Segalen).
Dans des notes plus tardives, Ségalen renonce à citer des auteurs et à évoquer même cette littérature faussement exotique pour se concentrer sur la définition de cette notion.
Voir aussi un livre qui reprend ces notions : Semiologies of Travel / De David H. T. Scott. – Cambridge Univ. Press, 2004.
et plus bas, quelques extraits.
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